« et… pourquoi pas ? »
Depuis notre réflexion jusqu’à notre départ, il s’est passé plus d’un an. Un an c’est long parce qu’on a hâte d’y être mais c’est aussi très court lorsqu’on doit économiser et préparer son départ. C’est aussi des doutes, des remises en question et, sans doute le plus dur, l’explication de notre choix à la famille et aux amis. Ce dernier mois m’a donné envie d’écrire ce premier article qui répond aux différentes interrogations de nos proches mais également aux aurevoirs ponctués de « bon courage ! » qui nous ont interpelés bien souvent et nous ont fait réfléchir.
– Cécile
C’est sans doute la question qui revient le plus souvent depuis notre annonce. Alors revenons aux sources. Comme nous l’expliquions en page d’accueil : l’idée est née en octobre 2018, au Brésil, sur l’île D’Ilha Grande, en buvant des Caïpirinha. Ah non, c’est vrai, pas tout à fait. Revenons en arrière! Rémi a quitté le Nord il y a plusieurs années pour ses études mais aussi pour travailler (Bordeaux, Reims, Paris, Nantes,…). J’ai quitté l’Ile de la Réunion, quand j’avais 20 ans, pour découvrir la France métropolitaine, mais aussi d’autres pays trop éloignés de mon île. Nos chemins se croisent à Paris. Je termine mes études et n’ai pas eu beaucoup l’occasion de découvrir grand chose. Rémi s’apprête à passer quelques semaines en voyage avec son pote Greg.
Commencent alors nos premiers voyages ensemble en mode routard. Une découverte pour moi qui y prend vite goût. Au fur et à mesure, des frustrations apparaissent :
- manque de temps qui oblige bien souvent à faire des choix trop touristiques et qui nuit à la création de véritables liens et échanges sur place ;
- même en privilégiant le bus sur place et les transports lents, l’usage de l’avion reste bien présent ;
- manque de temps ensemble, de sens dans un monde où tout va très/trop vite et où les problématiques environnementales n’ont jamais été aussi présentes (ou en tout cas médiatisées).

Et l’envie de découvrir toujours plus, toujours mieux aussi, aussi respectueusement que possible. Le Brésil a sans doute été la plus grosse claque pour nous tant au niveau de l’usage que nous avons fait de l’avion (plus important cette fois-ci y compris en interne) que de la découverte de superbes paysages, de superbes personnes, de modes de vie différents… Alors une fois devant nos verres de Caïpinrinha, l’idée est lancée : « Et si on quittait tout et qu’on arrêtait de voyager de cette façon ? ». Le retour en France est rude et on en rediscute à plusieurs reprises.

L’idée reste dans un coin de notre tête, alors on commence à économiser pour remettre nos comptes à flots après ces quelques semaines de vacances. Finalement, c’est après plusieurs mois de réflexions qu’on finit par envisager les choses plus sérieusement : les conditions sont là, pourquoi ne pas tenter le coup ? On se renseigne pour le Passeport Visa Travail qui nous permet de partir un an : jusqu’à 35 ans il reste l’Argentine, Le Canada ou L’Australie. Après notre passage en Amérique latine, l’Argentine s’impose à nous. S’ensuit l’annonce à la famille, à nos amis et à nos employeurs respectifs. La même question se pose : « pourquoi partir ? »
- Parce que nous aimons voyager mais nous voulons le faire autrement, plus lentement, en prenant le temps de rencontrer les gens et en utilisant l’avion uniquement pour notre départ ;
- Parce qu’à défaut de déménager tous les 6 mois ou un an, partir loin et découvrir de nouvelles cultures nous intéressent toujours autant ;
- Pour prendre du temps pour nous, seul et à deux dans un monde où tout va très vite ;
- Pour apprendre/connaître avec le volontariat des initiatives en phase avec nos valeurs et nos convictions (vous l’aurez compris l’environnement tout ça tout ça…) ;
- Parce que nous n’avons jamais pu faire cela avant et que nous avons enfin les moyens financiers et l’envie ;
- Et… pourquoi pas en fait ?
Les mois de décembre/janvier ont été ponctués de soirée d’aurevoirs avec la famille et les copains. Bon, pas ma famille, qui est trop loin, mais on prend le temps de s’appeler. Et, finalement, on se rend compte qu’on ne sait pas se dire aurevoir. C’est trop compliqué, ça nous rend triste. Et nous, on n’a pas envie d’être triste. On part pour vivre une aventure qu’on espère super mais qui sera, sans nul doute, truffée de rebondissements. Et c’est ce qui nous plaît :). À tous ceux qui pensent que nous avons du courage, nous avons envie de répondre : non, pas vraiment. Le courage, c’était pour avant : quand on a dû prendre la décision de partir, de tout quitter, y compris nos adorables chats qui nous ont suivis depuis de nombreuses années dans nos différents appartements, villes, maison… (qui sont actuellement dans une super famille d’accueil chez qui ils ont l’air de bien profiter). De quitter sa maison, son foyer, l’endroit où on peut toujours dire qu’on est « chez soi » mais aussi sa stabilité financière, la sacro-sainte « sécurité de l’emploi ». Le plus dur a été ces derniers mois : le déménagement pendant 3 mois, les explications du pourquoi et de ce que nous allions faire, quitter nos supers taffs et supers collègues/amis, encordés pour moi, dire aurevoir à ceux que nous aimons… Bref tout quitter, quoi ! Mais ce qui est devant nous, non, ça ne nécessite pas de courage. C’est un choix que nous avons fait et avec lequel nous sommes en accord.
Et le retour c’est pour quand ? On ne sait pas, quand on se sera trouvé, quand on en aura marre, quand on aura envie de se poser à nouveau en France,… Est-ce que ça nous fait peur ? Non, parce que nous avons plein de projets y compris pour le retour. Mais vous êtes les bienvenus tout au long du périple, sur un bout de chemin ou quelques jours. Vous allez nous manquez mais on ne sera jamais bien loin : je suis trop connectée pour ça (et Rémi aussi même si il ne l’avoue pas ;).