
Cela fait désormais deux semaines que nous sommes en volontariat et celui-ci prend fin aujourd’hui. L’heure est maintenant au bilan. Une mission qui, malgré son manque d’intérêt, nous aura fait prendre du recul sur nous-même et apprendre beaucoup sur le monde des expat en Argentine. Mais avant, petit retour en arrière : après Cordoba, nous avons passé deux jours à Mendoza, la région où l’on produit du vin.
Petite visite de Mendoza
22 février 2020, la ville de Mendoza est étrangement calme, presque endormie. Nous pensions que c’était parce qu’il était trop tôt mais, en réalité, il s’agissait davantage des vacances scolaires, toujours pas terminées depuis notre arrivée.

Cette ville aux longues allées ombragées, parfaites pour supporter les fortes chaleurs, nous a semblé sympathique mais ne nous a pas conquis. Quelques belles places, des arbres partout, mais pas de réel charme. Il faut savoir que la région entière a été reconstruite après de violents tremblements de terre en 1860. L’architecture n’est donc pas réellement d’époque. À part quelques bâtiments, tout a été refait à neuf. Nous avons, en revanche, vu une fontaine de vin (l’eau était rouge mais je ne pense pas qu’ils aient vraiment gaspillé du vin pour ça – enfin j’espère !), mangé dans un excellent restaurant Fuente y Fonda au concept sympa : si nous n’avions pas de réservation, ils nous installaient sur une très longue table avec d’autres personnes. En l’occurence ce soir-là il y avait 3 autres couples. Nous avons partagé un gros plat de boulettes de viande et pâtes aux épinards et à la tomate : délicieux ! Le tout accompagné bien sûr d’un très bon vin : nous sommes dans la région tout de même !
Après cette semaine, le bilan est sans appel, le retour à la ville ne nous a pas fait du bien : bière, vin, viande, nourriture grasse à gogo… C’est vrai qu’en Argentine il n’est pas facile de trouver des plats très diététiques. Les frites font souvent parties du package et les salades ne font pas très envie. Heureusement, nous marchons beaucoup et ne reprenons pas nos kilos perdus ;). Le lendemain, dimanche, petite balade dans le Parque de San Martin, où nous verrons la rue de Boulogne Sur Mer. Petite photo pour la famille dans le nord et hop, halte dans l’herbe avec les autres argentins. Ces derniers y font des asados tous les dimanches. Nous nous contentons de lire un livre à l’ombre des arbres.
A la fin de cette semaine de calme, nous sommes un peu en manque de discussion avec les locaux (malgré les quelques mots et discussions échangés dans les restaurants parfois – car les Argentins discutent spontanément avec nous et ça c’est très chouette !). Pour ça, la jungle était géniale ! Nous avons donc hâte de rejoindre notre nouvelle mission de volontariat. Il s’agit d’aider une famille à faire une structure en bois pour leur enfant (pour grimper principalement, comme une cage à écureuil) et d’aider à la réhabilitation de la maison. Notre prochain volontariat est également prévu : deux semaines plus tard dans un vignoble, pour les vendanges, dans la même région.
Mission à San Rafaël : premières surprises
Le lundi, nous reprenons donc nos sacs sacs à dos hyper lourds (que nous pouvons désormais porter une demie-heure sans trop râler ;)) et direction la station de bus.
Arrivés à San Rafaël, 3 heures après, nous sommes accueillis à l’arrêt de bus par notre hôte. Alors que nous essayons de baragouiner en espagnol, il nous surprend en nous informant (en anglais) que son espagnol est un peu « rouillé ». Comment ça « rouillé » ? Rémi ne s’en préoccupe pas et continue, pendant tout le trajet, à faire un étrange mélange d’espagnol et d’anglais. De mon côté, j’espère fortement que sa femme parle espagnol mais je commence à m’inquiéter un peu : pick-up de luxe, accent fortement anglais et discussion moins chaleureuse que ce à quoi nous sommes habitués jusqu’ici…
Après une quinzaine de minutes de route, ponctuée par les flegmatiques commentaires (typiquement british) de notre hôte, nous voilà devant un grand portail qui cache une propriété immense. Plusieurs hectares de pelouses parfaitement entretenues s’étendent devant nous avec, au début de l’allée, une magnifique maison, sur l’un des côtés deux corps de ferme de type ranch et enfin un petit pont sur la pelouse menant à une immense piscine avec pagode. L’ensemble ressemble à un hôtel de luxe, perdu près d’un petit village jalonné de détritus. Une sorte de bulle aux portes bien cloisonnées. 3 gentils chiens nous accueillent et notre hôtesse apparait sur le seuil les bras grand ouverts.
Au bout de quelques minutes de discussion, il n’y a plus de doutes désormais : il s’agit d’un couple anglo-autrichien qui vit ici depuis 15 ans (nous l’apprendrons plus tard en creusant le sujet) et qui parle très peu espagnol. Désappointés (et en même temps étonnés par ce luxe), nous suivons néanmoins le mouvement vers notre chambre, ou plutôt notre dépendance, l’un des ranchs sur le côté. D’un côté, une chambre magnifique avec salle d’eau attenante et, de l’autre, un immense salon salle à manger et une cuisine gigantesque, le tout assez impersonnel. Notre hôtesse nous informe ensuite que nous ne travaillerons pas aujourd’hui afin que nous puissions prendre nos marques. Une gentille attention ! J’ai donc cuisiné un chili vert avec elle : un délice et cela faisait tellement plaisir de re-manger épicé ! Un repas néanmoins tardif car le vin coulait à flot. Un peu éméchés, nous sommes rentrés dans notre chambre à minuit sans trop savoir quoi penser de tout cela. Nos hôtes étaient adorables et prévenants, leur gamin, clairement gâté, mais gentil… mais ce n’est pas ce à quoi nous nous attendions et, surtout, c’est l’exact opposé de notre précédente mission.
L’apprentissage par l’erreur
Nous n’allons pas raconter ici l’intégralité de nos deux semaines là-bas : il n’y a pas grand chose à en dire, à part que cette impression de malaise s’est confirmée au fil des jours et que ce fut une expérience qui nous a beaucoup apprise sur nous même, nos besoins et les limites que nous avions besoin de poser. Tout d’abord, il est important de préciser que nous n’avons pas eu à nous plaindre et que cette mission de volontariat aurait pu convenir à d’autres personnes. Le problème vient avant tout du déchiffrage que nous avons fait de l’annonce. Pour rester sur une note positive voici les leçons que nous devons en tirer :
- Il est important de bien définir nos attentes et nos objectifs à travers ces missions de volontariat : il ne s’agit pas d’accepter la première mission venue car nous n’en trouvons pas d’autre. Pour nous l’important est avant tout d’être dans une vraie entraide et d’aller à la rencontre de nouveaux modes de vie. Ce que nous n’avons pas eu avec cette mission.
- Manger tous les soirs avec nos hôtes peut être contraignant. Même si cela peut-être très intéressant (et drôle parfois), travailler plus de 5 heures par jour (séparément dans notre cas) puis passer toutes nos soirées avec nos hôtes de 17h00 à minuit, ne nous permet pas d’avoir du temps ensemble. Il s’agissait d’un des objectifs de ce voyage.
- Enfin, et surtout, partager le quotidien de personnes n’ayant pas du tout les mêmes valeurs peut être difficile. Même si nos hôtes ont été sympathiques et généreux, nous avons eu l’impression d’être enfermés dans une jolie tour d’ivoire, avec des expats peu intégrés, vivant exclusivement entre expats. Ainsi le premier dimanche, nous avons été invités par nos hôtes à un asado (barbecue argentin) chez eux avec d’autres amis. Un couple de millionnaire américain fumant de gros cigares nous y a longuement exposé les différentes problématiques qu’ils rencontraient pour prendre l’avion en Argentine depuis San Rafaël. Problématique vite résolue par leurs amis billionaires propriétaires d’un jet privé, avec lesquels ils ont passé leurs dernières vacances. Quand on a travaillé dans une entreprise qui incite à ne plus prendre l’avion et que l’on a des convictions écologiques, ce genre de discussion est particulièrement dérangeante. Nous y avons également rencontré la personne qui devait nous accueillir pour les vendanges. Tenu décontracté, franc parler et échanges en français parfois, il nous a semblé, de prime abord, être la personne la plus sympathique de cette journée. Malheureusement, ce fut une erreur. Après de nombreux commentaires du style : « les Français sont racistes », « Je n’embauche pas les Argentins car ils ne veulent pas travailler », « les Français sont des gilets jaunes, c’est pour ça que je n’aime pas les prendre en volontariat », « je n’aime pas les couples en volontariat », nous nous sommes demandés pourquoi il nous avait choisi. C’est finalement assez simple à résumer : il est facile de tourner « gratuitement » avec des personnes en volontariat plutôt que d’embaucher une main d’oeuvre locale. L’exploitation en est plus simple. Rémi a d’ailleurs tenté de faire remarquer qu’en France, pour les vendanges, nous étions logés, nourris et payés, notre interlocuteur a immédiatement été sur la défensive. Eh oui, encore des Français gilets jaunes ! Sans rentrer dans tous les détails de nos échanges, nous avons finalement refusé la mission dans les vendanges. Dommage, ça nous aurait bien plu mais les points de divergence avec notre hôte étaient trop importants pour passer deux semaines en sa compagnie. Bref, un monde d’expat très loin du nôtre, bien qu’intéressant niveau sociologique : au moins nous savons que ça existe.
Côté missions, Rémi a fait un superbe jeu (article à venir avec photos à l’appui) auquel j’ai pu apporter ma maigre contribution entre deux missions de jardinage et de polissage des grilles en fer forgé des fenêtres.
Mais sinon on s’est amusé et on a réfléchi à la suite

Afin d’avoir du temps à deux, nous avons profité de nos deux week-end pour visiter la merveilleuse Valle Grande à vélo (les montées furent parfois rudes) et faire du rafting mais aussi de la ville, assez sympathique, de San Rafaël. Autant dire que ce fut agréable et que cela nous a permis de faire le point sur la suite du voyage.


Après bientôt 1 mois et demie en Argentine (on dirait qu’on est là depuis beaucoup plus longtemps en fait !!), il est normal que nous n’ayons pas encore trouvé notre rythme. Nous avons été obligé de beaucoup redescendre d’un coup pour trouver un volontariat et nous avons sans doute choisi un peu vite. Pour l’avenir, nous allons davantage prendre notre temps. Nous avons économisé pendant une année et pouvons nous permettre un break entre deux volontariats. Rémi vient de monter sa société, il est temps de s’en occuper et, de mon côté, j’ai postulé à des missions de rédactrice web dont j’attends des nouvelles. Concilier tout cela, le changement de vie, de pays, le volontariat, se faire des amis, continuer à voyager et être en pleine forme, est clairement utopiste. Nous allons donc nous poser quelques semaines dans les montagnes de Bariloche, faire du trekking et prendre de vraies vacances (en développant nos activités à distance) et nous espérons rencontrer du monde avant d’enchainer sur un volontariat dans la région.