Randos à Bariloche…

Ou l’avant confinement

Voilà un mois que nous sommes en confinement. Malgré vos exhortations à poursuivre notre blog, force est de constater que nous avons eu beaucoup de mal à nous motiver. Tout d’abord parce que le coeur n’y était pas et, ensuite, parce que nous n’avions pas grand chose à raconter. Mais bon, allez, certains attendent des nouvelles avec impatience ! L’occasion de parler un peu de l’avant et de la façon dont nous avons vécu le début de cette épidémie, ici, à distance. Nous avons dû prendre rapidement des décisions afin d’assurer notre « sécurité » : le stress des actualités en France, les informations de plus en plus inquiétantes sur le groupe Facebook « Les Français en Argentine » témoignant de Français en détresse dans certaines villes, refusés dans des auberges de jeunesse, souffrant de rejets à cause du Coronavirus… tout cela n’était pas rassurant. Nous avons néanmoins profité de nos quelques moments de liberté pour faire des randonnées et fêter l’anniversaire de Rémi.

Randonnées et glaces  

Si vous avez lu notre précédent article, vous avez compris que nous sommes tombés amoureux des glaces ici. Nous avions hâte en revanche d’enfiler nos chaussures de randonnées pour nous dépenser un peu. Bariloche est le paradis des randonneurs. Seul problème : certaines randonnées sont longues et nécessitent une nuit en refuge. Le fait de réserver un Airbnb en avance ne nous permet pas de le faire; à moins d’aller négocier avec les propriétaires. Et surtout où laisser nos énormes sacs ? Nous avons plutôt opté pour des petites randonnées sans trop de difficulté pour commencer… Et nous avons ensuite été stoppés dans notre élan.

C’était dans le monde d’avant (déjà il y a une éternité, il me semble), lorsqu’il était encore possible de faire des balades en montagne. Direction le parc national qui a le mérite d’être gratuit Llao Llao (à prononcer Tchao Tchao). « Là-haut sur la Montagne… » ou « Tchao la montagne ». Enfin bref, vous avez compris quoi. 

Après un réveil assez tardif (faut pas rigoler non plus), nous avions préparé nos sandwichs. Après le temps mitigé et froid des premiers jours, il faisait beau ce jour-là et un peu plus chaud. De toute façon nous étions bien couverts. Le bus depuis le Km 12 (où nous habitions) tardait à passer. Nous avons tenté de faire du stop mais sans succès. Une fois dans le bus, nous avons longé le lac Nahuel Huapi, toujours aussi beau. Ne sachant pas trop où nous arrêter, nous sommes descendus au terminus qui était un peu plus loin que notre destination, à l’hôtel Llao Llao. Nous avons ensuite suivi la route pour débusquer le départ des chemins de rando. Afin de ne pas trop nous ennuyer, nous avions choisi d’enchaîner plusieurs petites randos, ce qui nous permettait de voir différents paysages et de prolonger nos randonnées. 

Le premier chemin, Sendero Arrayanes était plat et relèvait davantage de la promenade de santé que de la rando. En revanche, nous avons vu les fameux arbres Arrayanes, dans le bosquet dédié, jonché de petits ponts. Magnifiques : les troncs de ces arbres ont une couleur tirant sur le rouge et ses branches sont savamment torsadées. Petite pause photos avant de repartir sur le sentier qui longeait la côte. Notre deuxième pause a été sur le lac Largo Moreno pour déjeuner. L’eau du lac, bleue turquoise, rappelait la mer par son immensité. On se serait cru en Italie au bord de l’eau. Cette forêt était vraiment magnifique avec ses arbres immenses. Seul hic : il n’y avait pas d’animaux (à part quelques petits rapaces), pas d’insectes,… c’était troublant… Nous avons enchaîné 3 petites randos. La dernière, sur le Cerro Llao Llao, était un peu plus sportive mais la montée ne fut pas très longue. Après 4 heures de petite marche, retour en bus à la maison, après une pause chez un glacier bien sûr :-).

Une autre petite rando bien sympa a été l’ascension du Cerro Campanario. Pas de réelle difficulté et assez rapide mais une vue à 360° à couper le souffle 🙂

Le jour suivant, pas de grande motivation. Les informations arrivaient au fur et à mesure sur le Coronavirus en France et nous commencions à nous inquiéter. Nous avons filé vers la Colonia Suissa (un petit village au bord d’un lac et au pied de montagnes), un marché où il est possible de manger. Pour s’y rendre, le bus se faisant attendre une nouvelle fois, nous avons fait du stop (oui, oui c’était une époque où on pouvait encore fait du stop de façon totalement inconsciente ;-)) et avons fini par embarquer dans une voiture avec deux chiliens et un argentin qui allaient faire de l’escalade. Arrivés dans le village, on se serait cru un peu chez Disneyland avec les petites maisons en bois toutes mignonnes et la belle pelouse coupée aux ciseaux. Malheureusement, nous avons quand même mis du temps à arriver et n’avons plus eu le temps de tenter les randos qui partaient d’ici. Tant pis ! Après cette petite balade, nous sommes retournés à Bariloche pour s’y faire une pause glace bien sûr (ou plutôt chocolat je ne sais plus^^).

Le Coronavirus : ressentis à distance et changement de cap

Comme nous vous le disions auparavant, nous avons vécu ce qui se passait en France, à distance, sans trop comprendre, avec la perception que tout ça était irréaliste, que nous avions de la chance d’être épargnés…mais avec une sensation de malaise croissante. Un jour nous entendions parler d’une grippe sans gravité sans nécessité de port de masque ou de prise de mesure particulière et le lendemain c’était l’affolement général, la contamination dans notre pays, le dur réveil après une longue gueule de bois. La nouvelle a été dure à intégrer mais il a fallut le faire rapidement et prendre des mesures pour notre « sécurité ». Quand on est dans un pays qui n’est pas le nôtre, qu’on entend que des Français se font virer des hostels, qu’ils sont considérés comme des pestiférés dans certaines villes et que les insultes et invectives fusent sur le groupe Facebook « les Français en Argentine », tous les scénarios catastrophes sont possibles. L’anniversaire de Rémi approchant (ainsi que la fin de notre location dans notre Airbnb) nous avons choisi un nouvel Airbnb, logement écologique de style hobbit, charmant, moins cher, avec de très très bons avis sur les propriétaires. Nous ne voulions pas prendre le risque d’être refusés ou expulsés parce que nous étions français. Premier soulagement : notre demande fut acceptée pour deux semaines. Entre temps, nous avons discuté pour la première fois avec les propriétaires du logement où nous étions encore. Ils nous ont alors informé qu’après notre départ ils allaient fermer le Airbnb à la location car ils étaient vieux et avaient peur d’avoir le Coronavirus. Tout ça était bien entendu compréhensible. Ils s’inquiétaient de savoir où nous allions après. Quand nous leur avons donné le nom du quartier, « Barro Frutillar », ils ont tous les deux eu un mouvement de recul. Apparemment c’est un endroit où il y a beaucoup de vols. En gros, plus populaire qu’ici. Il est vrai qu’au Km 12, le voisinage est calme, les maisons jolies, bien entretenues. Les gens ici ont les moyens. Ils nous ont ensuite dit qu’en cas de problème nous pourrions revenir chez eux, ce qui fut très gentil. Nous étions rassurés : les Argentins n’avaient pas perdu de leur générosité avec cette crise, malgré ce que nous lisions tous les jours. Nous avions d’ailleurs continué à faire des restaurants et des bars en nous disant tous les jours que c’était peut-être la dernière fois avant… on ne sait pas quand. Nous avons toujours été bien accueillis, même quand nous disions que nous étions français. La seule grande différence : une nouvelle réglementation imposait aux gérants de laisser une table vide entre chaque table afin de respecter une distanciation sociale. Les parcs nationaux ont également été brusquement fermés, impossible donc pour nous de faire les randonnées prévues,…

Globalement, nous avons eu de la chance, le problème est arrivé plus tard ici et le gouvernement argentin, prenant la mesure de ce qui se passait en Europe, a rapidement fermé les écoles, les frontières, imposé une distanciation sociale dans les lieux publics, fermé les lieux à fort regroupement de population… Ce fut une bonne chose compte tenu de leur système de santé particulièrement sensible et de leur manque de moyens sur place. La prochaine étape nous a donc semblé très claire : le confinement. Il en était déjà question en France et c’est avec appréhension que nous l’attendions ici.

Anniversaire… et annonce du confinement

Le mercredi 18 mars, nous avons donc quitté notre Airbnb. La propriétaire nous a pris dans ses bras en pleurant quand nous sommes partis, ce qui nous a particulièrement émus. Elle semblait très inquiète pour nous et pour la suite.

Ce jour-là, il faisait chaud et le bus a mis un certain temps avant d’arriver. Heureusement, le deuxième ne s’est pas fait trop attendre. La route pour rejoindre le Airbnb s’enfonçait dans la ville, loin des lacs. Le paysage avait bien changé et ressemblait davantage à ce que nous avions très souvent vu en Argentine : une enfilade de bâtiments défraîchis, certains ayant fermé boutiques, des supermarchés, des déchets un peu partout… Nous approchions de plusieurs villages avec des airs de bidonville. A ce moment-là, je repensais à ce que notre ancienne propriétaire nous avait dit mais j’essayais de rester positive. Comme nous ne savions pas trop où descendre, nous avons quitté le bus un arrêt plus tôt et nous avons marché. Les maisons autour étaient tristes. Enfin nous sommes arrivés devant la plus belle du quartier. Contrairement aux autres, elle était peu visible de la rue, bâches et mur végétal l’en isole en grande partie. Au premier plan, on apercevait notre futur petite cabane et plus loin au fond de la cour une grande porte en bois. Notre hôte, Marcos, est venu nous accueillir. Il parlait uniquement espagnol et semblait très sympathique malgré les faibles échanges que nous avons eu ce jour-là. Il nous a fait visiter la cabane : magnifique, en terre et argile incrustée de bouteilles de vin et de vitres qui apportent de la lumière à l’ensemble. Rémi s’émerveillait. ça tombe bien : nous allons passer son anniversaire ici et… nous le savions pas encore un mois et plus… Nous sommes ensuite allés faire des courses. Je ne dirais pas que le quartier était agréable. Loin de là… En revanche, nous n’avons eu aucun problème dans les petits commerces autour : des despensas, avec le nécessaire au niveau alimentaire. En revanche, comme nous avions une parilla à nous, nous rêvions de faire un barbecue le lendemain mais impossible de trouver de la viande. Cela nous a permis de faire le tour du quartier. Ce soir-là, prévoyants, nous avons fait notre tout dernier restaurant pour fêter en avance l’anniversaire de Rémi. Nous ne comprenions rien : la majorité des restaurants étaient fermés et, dans tous les cas, presque vides. Les bars, pourtant, étaient ouverts pour la plupart. Nous avons atterri dans un restaurant espagnol dans lequel nous avons été reçus avec beaucoup de gentillesse par un jeune serveur. Rémi a pris une Milanesa (spécialité de l’Argentine, de la viande panée accompagnée le plus souvent de frites). De mon côté, la viande était fondante et délicieuse. Sans doute l’une des meilleures de toute ma vie. Après le repas, le serveur nous a offert le digestif et nous sommes rentrés en bus.

Le lendemain, pour l’anniversaire de Rémi nous sommes partis à la recherche d’une boucherie (carniceria). Oui, bon je sais, au pays de la viande, on est loin d’être végétariens en ce moment… La carniceria étant fermée et ne sachant pas quoi faire, nous avons décidé de pousser jusqu’au supermarché le plus proche. Une fois arrivés devant, nous sommes arrêtés par un vigile qui nous dit que nous ne pouvons pas rentrer à deux. Je décide d’y aller seule. Il m’ordonne de prendre un chariot, ce dont je n’ai pas besoin mais je le fais. Une fois dans le sas d’entrée, il m’arrête à nouveau en me demandant d’où je viens. Je vous passe tous les détails de cette malheureuse histoire mais, après avoir appelé plusieurs personnes du magasin, ils ont refusé de me faire rentrer. Nous sommes donc repartis attendre devant la carniceria où nous n’avons eu aucun problème. Malgré tout, pour moi, cette après-midi fut ternie par cet épisode, qui m’a paru injuste et disproportionné. Faire les courses devrait rester un droit pour tous !

Le soir venu, Rémi décide d’aller voir nos propriétaires pour sympathiser avec une petite bière à l’occasion de son anniversaire. Ce fut l’occasion de « discuter », malgré notre faible niveau en espagnol, avec nos hôtes, Karina et Marcos qui recevaient alors des amis : Javier et Joseph. Nous avons passé un bon moment et ils nous ont alors invité à passer le reste de la soirée avec eux et à faire le barbecue ensemble. Cela nous a bien réconforté malgré l’annonce dans la soirée du confinement de l’Argentine à partir de minuit. Je pense que nous nous souviendrons longtemps des 35 ans de Rémi, avec un souvenir mitigé malheureusement.

« – Alors vous revenez ? » « – Eh bien non, pas pour l’instant. « 

Certains d’entre nous nous ont posé la question : « un rapatriement est-il prévu ? » et « avez-vous envisagé de revenir en France ? ». Oui, il y a eu des rapatriements. Dans des conditions particulièrement relous et pas des plus économiques. Et non, nous n’avons pas envisagé de revenir à ce moment-là, ni depuis. Tout d’abord parce que cela serait assez inconsidéré de notre part : le virus étant favorisé par les déplacements, autant éviter un maximum de se déplacer au risque d’en être le vecteur. Pour autant, nous comprenons ceux qui rentrent par manque de moyens ou autres. Le fait est que, pour l’instant, le problème économique ne se pose pas pour nous. Nous avions économisé et nos hôtes nous font moins 50% sur le prix du loyer. Les cas sont aussi moins importants en Argentine. Alors autant rester là, où nous sommes bien. Nous avons aussi l’espoir de pouvoir un jour reprendre le voyage. Même si cela nous semble compliqué pour le moment…

Rémi bricole dans notre petit jardin et s’amuse à faire des fontaines en bambou et des attrape-rêves. Il a eu des petits moments d’hyperactivité chroniques qui semblent s’espacer un peu. Ouf ! Il travaille aussi à distance pour deux clients en ce moment, ce qui est plutôt cool pour lui. Pendant que moi, après quelques épisodes de révoltes politiques toute seule à distance, j’ai repris le sport et me suis mise au yoga. J’écris aussi des articles pour une plateforme, j’écris un sketch sur le confinement… On appelle les amis et/ou la famille un peu tous les jours. L’après-midi, on va parfois aider Marcos à continuer sa maison en terre… enfin bref vous verrez les photos de nos activités dans un autre article…si on arrive à se motiver. Le soir, c’est comme tout le monde, on se fait soit des petites soirées rien qu’à deux, ou on organise des apéros et repas avec nos hôtes…

Ouf, un mois pour écrire cet article ! Le confinement n’est pas des plus productifs 😅

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